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Intégration de la façade de l'hippodrome: Québec mise sur la politique du 1%

La Ville de Québec aimerait bien «faire passer» la reconstruction au coût de 3 millions$ de la façade de l'hippodrome dans la politique du 1 % d'intégration des arts à l'architecture. Elle en a fait la proposition au gouvernement du Québec, qui a instauré cette politique d'art public en 1961. Une idée qui n'est toutefois pas simple à appliquer.

«On a discuté de ça avec le gouvernement, mais on n'a pas eu de confirmation en ce sens-là», a expliqué au Soleil le vice-président du comité exécutif de la Ville de Québec, François Picard.

Depuis la décision de construire l'amphithéâtre sur le terrain de l'hippodrome, la Ville a confirmé sa volonté d'y intégrer la façade de briques aux deux tours de ce qu'on appelait le palais central lors de son inauguration, en 1917.

Mais François Picard a réitéré lundi les propos tenus dimanche par le maire Régis Labeaume : la façade ne résistera pas aux travaux d'excavation et au compactage des sols, nécessaires dans ce secteur fragile. Il faudra donc démolir et reconstruire la façade, essentiellement avec des matériaux neufs. Des travaux évalués à 3 millions$.

 

D'où la proposition d'y affecter l'enveloppe prévue sur la politique de l'art public «dans l'idée d'essayer de réduire les coûts», a soutenu François Picard. Depuis 1961, le gouvernement du Québec consacre 1% du prix de construction des bâtiments publics à une oeuvre d'art.

«On se dit que remettre en évidence la façade de l'hippodrome, nous, on voulait le faire passer comme si c'était le 1 % pour l'oeuvre d'art, mais ça reste à être autorisé par le gouvernement. À date, ce ne l'est pas», a-t-il dit.

La Ville pourrait-elle décider d'affecter la somme dédiée au «1 %» dans les coûts de reconstruction de la façade? «De prime abord, non, c'est une politique gouvernementale», a tranché Richard Saint-Pierre, directeur des immobilisations et intégration des arts à l'architecture au ministère de la Culture.

Il faut dire que la politique, qui fait que depuis 50 ans, 3000 bâtiments publics québécois de 150 000 $ et plus ont été accompagnés d'une oeuvre d'un artiste contemporain, suit des règles bien établies.

Oui, a expliqué M. Saint-Pierre en entrevue au Soleil, la possibilité d'intégrer l'oeuvre à partir de la façade pourrait être «une orientation souhaitée par le propriétaire». Mais elle devra être soumise à un comité composé de représentants du propriétaire, mais aussi des architectes, des artistes et du Ministère.

«Le comité devra en tenir compte dans les discussions et les réflexions, a expliqué M. Saint-Pierre. Mais à savoir si ce sera possible, c'est une question qu'on ne peut pas aborder dès maintenant, car c'est trop préliminaire pour l'instant.»

Le ministère de la Culture n'a pas encore reçu de proposition concernant l'éventuel «1 %» du colisée de 400 millions $ promis pour 2015.

Objectifs de la politique

Il faut dire que considérer la façade de l'hippodrome comme une oeuvre d'art public contrasterait avec les autres «1 %», qui sont généralement des sculptures, des murales, des aménagements ou des peintures.

Une touche artistique sera aussi nécessaire, selon l'objectif principal du programme, qui est «d'accroître la diffusion des oeuvres des artistes professionnels du Québec et ainsi participer à l'enrichissement du cadre de vie des citoyens par la présence de l'art dans des lieux qui ne sont pas couramment réservés à cette fin», peut-on lire dans le Guide d'application de la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics.

Dans la région de Québec, environ 300 oeuvres d'art ont été intégrées à des bâtiments publics depuis 1961.

La plus ancienne de la liste est une sculpture de 1962 de l'artiste Jordi Bonet pour le pavillon Adrien-Pouliot de l'Université Laval. Le même Jordi Bonet a aussi signé la célèbre murale du Grand Théâtre en 1969.

En février, l'oeuvre Rêves en fête du sculpteur montréalais Michel Goulet a été sélectionnée pour l'agrandissement du Centre de foires d'ExpoCité. Quelque 156 000 $ sont consacrés à cette sculpture composée de 12 mâts en acier inoxydable accompagnée d'un système d'éclairage varié.

Le «1 %» calculé uniquement sur les coûts de construction

Un amphithéâtre de 400 millions$ veut-il dire que le gouvernement du Québec payera 4 millions$ pour une oeuvre d'art? Oubliez cette simple règle de trois. «Ce ne sera pas sur 400 millions$», explique d'entrée de jeu Richard Saint-Pierre, directeur des immobilisations et intégration des arts à l'architecture au ministère de la Culture.

Le fameux «1 %», dit-il, est compté sur les coûts de construction uniquement. «Ça ne comprend pas les honoraires ni les études préliminaires ou les plans et devis, ni l'aménagement extérieur, donc ce n'est pas le 400 millions$ au complet.»

Depuis la décision de construire l'amphithéâtre sur le... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

À la Ville de Québec, on n'est toutefois pas en mesure pour l'instant de dire combien d'argent sera directement consacré à la construction uniquement.

Et lorsque le montant sera connu, il sera soumis à un calcul pour déterminer combien le gouvernement consacrera à une oeuvre d'art. Ainsi, pour tout bâtiment de 5 millions$ et plus de fonds publics, 67 500 $ sont consacrés aux cinq premiers millions, plus 0,50 % de l'excédent, peut-on lire dans le Guide d'application de la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics.

La somme comprend notamment les honoraires de l'artiste retenu, les coûts de réalisation et d'installation de l'oeuvre d'art, les assurances et les taxes ainsi que les honoraires des artistes dont la proposition d'oeuvre n'aura pas été retenue, indique le document.

Valérie Gaudreau

Le Soleil