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Amphithéâtre: un projet attrayant et rassurant

Tel qu'il a été décrit jeudi, le projet d'amphithéâtre multifonctionnel de la Ville de Québec est franchement attrayant. Une fois construit, il devrait faire la fierté des citoyens de la capitale. Quant à la question fondamentale du coût de 400 millions $, même les sceptiques doivent aujourd'hui convenir que des balises crédibles sont en place pour qu'il ne soit pas facilement dépassé.

Il est entendu que le premier ministre Jean Charest et le maire Régis Labeaume sont pleinement conscients d'être sous haute surveillance. Il y a trop de fonds publics investis dans cet équipement pour qu'il soit acceptable d'en débourser davantage.

À noter que la loupe médiatique aura l'effet très positif d'inciter ceux qui exagèrent dans la facturation à aller prendre des risques ailleurs.

Il reste vrai qu'à la lumière des informations divulguées jeudi, toutes les dépenses associées au projet d'amphithéâtre multifonctionnel ne sont pas incluses dans le chiffre de 400 millions $.

 

La Ville a notamment chassé le salon de jeu de Loto-Québec du Ludoplex pour pouvoir loger le futur gestionnaire de l'amphithéâtre. Du coup, Régis Labeaume s'est engagé à contribuer à la réinstallation du havre des parieurs à Québec.

Il faudra de même procéder à l'aménagement du grand stationnement sur les terrains de la piste de course adjacente à l'hippodrome, au réaménagement des voies de circulation autour d'ExpoCité, à la démolition du vieux Colisée. Et rien de cela non plus ne fait partie des frais comptabilisés dans le projet d'amphithéâtre.

Honnêtement, ce n'est pas pour autant un drame. Quand on compare le projet de Québec à celui du Consol Energy Center de Pittsburgh qui l'a inspiré, ce sont bel et bien les seuls déboursés de construction qu'on évoque dans la facture globale de 315 millions $ payée pour le domicile des Penguins en 2009. En ce sens-là, le maire compare des comparables.

On le sait par ailleurs, le dossier est doublement sensible parce que c'est une grande entreprise privée, Quebecor Media, qui, pour l'essentiel, empochera les profits s'il y en a.

Il faut bien sûr ajouter que Pierre Karl Péladeau prend aussi les risques associés à la gestion, à l'animation et à l'acquisition éventuelle d'une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Et si jamais il réussit à acquérir une franchise, il répondra alors aux attentes d'un grand nombre de Québécois et il rehaussera sensiblement la notoriété de la capitale sur le continent nord-américain.

Mais pour désamorcer toutes les critiques, Régis Labeaume va tout faire pour boucler la construction sans avoir déboursé les 400 millions $ disponibles. Or les gestionnaires de la Ville et ceux d'Infrastructures Québec ont été convaincants jeudi sur le sérieux des mesures de contrôle et de suivi des dépenses mises en place.

Le maire s'est de plus protégé en prévoyant 47 millions $ en risques, imprévus et contingences. Ce n'est pas une garantie totale, mais c'est une sage précaution.

L'impétueux Régis Labeaume porte toutefois le fardeau d'avoir gaspillé 1,9 million $ en fonds publics. L'emplacement privilégié du boulevard Hamel a dû être délaissé au profit de celui de l'hippodrome en raison de la facture trop élevée de décontamination et de stabilisation des sols.

Sa précipitation et celle de Pierre Karl Péladeau visant à profiter de l'économie chancelante aux États-Unis pour faire l'acquisition d'une équipe de la LNH à petit prix explique ce dérapage à être épongé par les contribuables québécois.

Mais il y a fort à parier que si le lumineux concept d'amphithéâtre présenté jeudi se concrétise dans les temps et selon le budget annoncé, il ne restera pas beaucoup de citoyens pour avoir le goût de lui faire des reproches en septembre 2015.

Pierre-Paul Noreau

Le Soleil